Il n'y a pas si longtemps, quand ce mal me rongeait, c'était Musset qui m'aidait à m'en défaire...
Je lisais, je déclamais, je me saôulais de ses mots, exacts reflets des abysses que le désespoir décelait en moi...
Il paraît que l'adolescence ne dure qu'un temps, j'en doute...
Pour moi, cet âge n'en finit pas de me torturer!
Je souffre encore, encore, encore d'une plaie invisible, et pourtant bien réelle.
Rien, alors, ne saurait m'apaiser.
Il faut que le flux secret, l'humeur sanguinolente s'écoule...
Il faut que je crie, que j'écrive, que je vide ce pus qui empoisonne mon poignet.
Je porte comme un fardeau, un poids trop lourd sur mon dos.
Je dois m'en défaire, à tout prix, si je ne veux pas le payer de ma vie...
Souvent, il m'est arrivé de sortir mes griffes, et de sapper, de lézarder quiconque s'approchait de moi dans ces moments pénibles...
Je le regrette tant aprés, que désormais, je tâche de ne m'en prendre qu'à moi-même, et je me venge de l'univers entier en couchant sur le papier mes excés de rage.
En ai-je griffonné des pages, couvertes d'une encre noire, noire, noire.
En ai-je versé des tonnes de colères dans les marges de mes cahiers...
Quelqu'un qui comptait beaucoup m'a dit un jour que je vivais une "adolescence pleine de fièvre"...
J'ai l'impression de n'en jamais sortir, d'être prisonnière de cette axiome, de devoir expier cet exploit romantique.
Les mots de Musset, je les ai fait miens, ils font partie de moi, ils impriment à ma prose le rythme parfait de l'alexandrin, condamnée à m'exprimer en vers, envers et contre tous, à l'envers de mes idées parfois, j'écoute, j'écoute la douce chanson empoisonnée guider mon poignet...
Maudite parmi les mortels car j'ai ouvert mon âme aux fréquences interdites du désespoir universel.