La douceur printanière engage à renouer avec la promenade en forêt.
Pour moi, c'est l'occasion de m'exercer à sentir leur mouvement respiratoire primaire.
J'entre dans le sanctuaire de verdure, bourdonnant de mouches, d'abeilles déjà en activité, de poussières de pollens entremêlées dans une valse quantique.
Je choisis mon arbre, celui qui veut me parler, celui qui peut accepter mon contact.
J'interroge avec cette part de moi qui n'utilise pas les mots, ni le langage des signes pour s'exprimer.
Je laisse l'arbre m'appeler.
Il est là, immense, un tronc lisse, un feuillage vert étoilé.
J'approche, je glisse le bout d'un doigt sur la surface délicatement veloutée de l'une de ses feuilles.
Et lentement, je pose mes deux mains le long de son tronc.
J'effleure à peine l'écorce.
Au début rien.
Puis, pour me concentrer davantage, je ferme les yeux.
Je sens alors un léger flux le long de mes paumes: trés doucement une vague à peine sensible monte des racines à la cime.
J'essaie d'accompagner ce mouvement jusqu'en haut, c'est difficile de rester sur cette fréquence trés subtile.
La vague redescend tout aussi lentement.
L'arbre respire, d'un souffle calme, presqu'hors de notre temps.
Il m'apaise.
Il dit une musique lointaine.
Des sons perdus dans une époque reculée.
Il dit qu'il était graine, enfouie dans la terre.
Qu'il a longtemps attendu avant d'oser pointer sa tête hors de l'humus protecteur.
Il dit qu'il a pris son temps pour grandir, qu'il n'était pas pressé, qu'il cherchait à s'assurer, qu'il attendait sagement le moment propice pour s'élever et devenir ce qu'il devait être.
Il dit qu'il s'est trompé parfois, qu'il était trop avide de lumière ou d'eau.
Il dit qu'il s'est mis au diapason de ses semblables, qu'ils se tiennent par leurs racines là sous nos pieds, qu'ils forment un gigantesque réseau d'informations souterraines.
Il dit que sous la forêt de l'air, il y a celle de la terre.
Il dit que tout est lié, que rien n'arrive par accident, que l'aile de papillon qui s'ouvre sous sa feuille provoque des éruptions volcaniques à l'autre bout de l'univers.
Que le mal et le bien sont des inventions humaines, que les contraires s'allongent et se rejoignent  dans la spirale hélicoïdale de nos gênes.
Qu'hier, demain, ou aujourd'hui c'est du pareil au même...